State of Mind : la dystopie qui fâche [Test]

State of Mind : la dystopie qui fâche [Test]

15 septembre 2018 2 Par Kihaa

State of Mind est le dernier-né du studio et développeur allemand Deadalic Entertainment. Sorti le 15 août 2018, il se présentait comme un jeu de science-fiction mêlant action et narration, plutôt ambitieux dans les thèmes qu’il voulait aborder avec le transhumanisme, la réalité virtuelle et le terrorisme moderne. Étant une habituée des productions de Deadalic, spécialisé dans les Point & Click, je ne vous cache pas que j’avais particulièrement hâte de m’essayer à State of Mind. L’attente s’est-elle avérée payante ? C’est ce que nous allons voir dans ce test !

 

State of Mind : une dystopie criante de vérité

Bienvenue à Berlin en 2048 ! Le monde connaît une nouvelle guerre moderne sous l’impulsion des puissants. L’avenir de la planète terre est fortement remis en cause : les ressources viennent à manquer, l’air et l’eau sont pollués entrainant des maladies, la pauvreté et la criminalité ne cessent d’augmenter. Le monde semble espérer son salut grâce aux nouvelles technologies. Drones et androïdes deviennent de plus en plus importants dans la vie des humains et les outils de communication sont interconnectés au détriment des libertés individuelles.

State of Mind Richard Nolan

C’est dans ce contexte peu reluisant que le joueur est embarqué. Il suit alors le destin du journaliste anti-technologie Richard Nolan. Ce dernier est présent pendant une explosion terroriste et perd conscience. Lorsqu’il se réveille à l’hôpital, peu de souvenirs subsistent. En retournant chez lui, il découvre que sa femme Tracy et son fils James ont disparu. Bien décidé à les retrouver et comprendre ce qui a pu se passer, Richard découvre une réalité virtuelle utopique non affectée par les conflits.

Je ne vous en dirai pas plus pour éviter tout spoil intempestif. Beaucoup de révélations prennent du sens si on les vit. Vous balancer tous les éléments d’intrigue n’aurait donc aucun intérêt. Sachez simplement que le jeu dissémine des indices ici et là pour vous permettre de comprendre certains faits, mais il sait aussi vous surprendre.  Le début du jeu tire un peu en longueur, mais la fin compense bien des égarements.

State of Mind John

 

Des personnages humains, imparfaits

Rien de plus chiant dans un jeu, un film ou une série, que d’être en face d’un personnage sans faiblesse, sans défaut, un être 100% parfait. Ce qui donne du corps à un individu c’est la somme subtile de ses qualités et ses défauts, de ses forces et faiblesses, de ses aspérités au sens large. State of Mind  explore le drame d’une famille et lie l’histoire intime à la grande Histoire. Richard Nolan est plus un antihéros qu’un super héros. Derrière ce journaliste d’investigation protestataire, se cache un homme plus sombre, moins honnête et sans aucun doute décevant pour ses proches et pour le joueur.

State of Mind androids

State of Mind  reprend l’adage « l’habit ne fait pas le moine ». De la même sorte, Tracy n’est pas la mère-modèle qu’elle semble être, James n’est pas l’enfant naïf qu’il paraît être. Tous les personnages que le joueur rencontra ne sont jamais ce qu’ils prétendent incarner.  Personnellement, j’apprécie particulièrement cet aspect de State of Mind qui va nous montrer au fil des chapitres que la totalité des personnages secondaires et principaux n’a pas une vie impeccable et une moralité à toute épreuve. D’ailleurs, Richard Nolan bénéficie d’un capital de sympathie assez limité, selon votre lecture de l’histoire, vous pourriez bien en vouloir à tous les personnages à cause de ce qu’ils ont fait ou de ce qu’ils font. Il sera d’ailleurs confronté à Newman, son miroir inversé et de cette comparaison, il en ressortira lui-même diminué, parce que livré à ses propres contradictions. Le manichéisme n’a pas sa place ici. State of Mind ne vous fera pas incarner qu’un seul personnage, ce qui permet une plus grande diversité des points de vue.

State of Mind Alan

 

Une ambiance plutôt soignée

Venons-en à l’esthétique du jeu. State of Mind arbore un style graphique qui ne plaira pas à tout le monde. En effet, nous sommes très loin des graphismes photoréalistes. Ici, le rendu est en low poly, une esthétique très octogonale. La structure des formes ressort dans les visages et dans les décors. Cette géométrie artistique ne m’a pas dérangée, c’est même ce qui m’a attirée dans les premières annonces du jeu parce que c’est bien maitrisé.

Techniquement parlant, State of Mind  s’en sort même très bien : pas d’aliasing, pas de clipping, la possibilité de mettre son jeu dans de grosses résolutions, pas de ralentissement, pas de textures dégueulasses.  Les décors sont essentiellement urbains avec plus ou moins de futurisme, c’est un Berlin qui semble relativement proche de ce que l’on connaît. Les environnements ne sont pas multiples, ils se divisent surtout en deux grosses catégories : ceux urbains et sombres de Berlin et ceux plus futuristes et lumineux de la réalité virtuelle.

State of Mind Berlin

Ainsi le joueur passera surtout le clair de son temps dans les appartements de Newman et de Nolan, ainsi que dans les locaux des journaux et dans la rue. D’un point de vue diversité, c’est sans doute un peu dommage parce qu’il y avait de quoi donner un peu plus de corps à la ville de Berlin, peu usitée dans les jeux vidéo et encore moins pour de la science-fiction. D’autre part, le contrôle du personnage est parfois un peu rigide à la manette, ce qui peut avoir une incidence sur l’immersion.

Si le visuel est particulièrement réussi, nous regretterons cependant la bande-son peu marquante. Il y a bien une musique qui lie tous les éléments et se rappelle comme une comptine mais… c’est trop peu pour souligner la qualité d’une OST. C’est d’autant plus fâcheux  que Daedalic nous a habitués à faire de bonnes musiques pour ses jeux !  Les voix sont en anglais avec du sous-titrage français, dans l’ensemble elles sont convaincantes sans être non plus démentielles.

State of Mind structure

Quelques bonnes idées de gameplay mais peu d’innovations !

En lisant mes premières parties, sans doute que vous me trouvez plutôt bienveillante avec State of Mind. Alors, laissez-moi vous dire que vous n’avez pas encore tout lu. J’attendais State of Mind comme un jeu narratif, avec des possibilités de choix assez détaillées. Autant vous dire que les décisions sont quasiment inexistantes. Il faudra attendre la fin pour avoir une vraie influence. C’est précisément à cet unique instant que vous déciderez « qui doit vivre ou mourir ». Pour le reste, vos choix se résument à nourrir sainement votre fils ou lui servir son plat préféré. Vraiment léger quand Daedalic présente State of Mind comme une aventure narrative avec des interconnexions. Première déception.

State of Mind piano

Les décors sont beaucoup trop délimités et restrictifs pour vous permettre une vraie exploration avec une multitude de choses à découvrir. A dire vrai, seul l’appartement de Newman présente un réel intérêt parce que vous pouvez jouer du piano, choisir l’ambiance sonore et entrer en interaction avec la décoration. Une fois cette petite phase de découverte passée, l’appartement apparaîtra comme désuet. Daedalic a néanmoins mis des phases de jeu plus diversifiées. On notera par exemple des phases de contrôle de drone, des phases de type rail shooter dans la fabrique d’androïdes ou encore des phases de reconstitution de souvenirs, proches du puzzle game. S’ajoute à cela des moments d’observation et de récolte de documents, d’objets ou même de « mémoire ». Ces variétés de gameplay permettent de ne pas installer une certaine routine, mais encore une fois, ce n’est pas toujours bien dosé et cela génère au contraire de la frustration : par exemple, contrôler le drone au centre médical est un passage agaçant pour ne pas dire une purge.  C’est donc une seconde déception.

State of Mind drone

 

Enfin, parlons d’un aspect qui peut s’avérer fâcheux aussi : la durée de vie. Notons que le jeu est facturé actuellement 30 euros sur Steam, ce qui le situe dans du semi-indé. Avec l’argument du jeu d’aventure narrative, les joueurs s’attendent nécessairement à une certaine rejouabilité. De ce fait, si le jeu est court, cela peut dans une certaine mesure, sauver les meubles. Pour une partie en prenant son temps, il m’a fallu 11 heures de jeu pour venir à bout de State of Mind. Ce n’est pas le plus court jeu qui existe, mais c’est moins que la plupart des Point & Click que Deadalic propose. En plus, la rejouabilité est très limitée. Seule la fin peut justifier une nouvelle partie … Je doute néanmoins que le déroulement du jeu et ses inexactitudes de gameplay donnent envie de s’y reprendre une seconde voire une troisième fois. Comme disait si bien Einstein : « la folie, c’est de faire toujours la même chose et s’attendre à un résultat différent »

State of Mind  n’est pas un mauvais jeu en soi, il a son identité propre dans un néo-Berlin low poly, sombre et au bord de la ruine. Comme beaucoup d’œuvres de science-fiction, il aborde des thèmes comme l’IA, le transhumanisme, avec une maturité déconcertante et une certaine justesse. Les personnages de State of Mind rappellent des individus que nous avons tous déjà rencontrés dans la vie réelle. Néanmoins, la qualité du scénario ne suffit pas à effacer la déception. Le manque de choix réels, l’absence d’exploration, les dialogues limités, les phases de jeu trop variables avec un contre-rythme, tendent à rendre State of Mind  moins percutant qu’il n’aurait dû l’être.

Note
  • 7/10
    Histoire - 7/10
  • 5/10
    Gameplay - 5/10
  • 5/10
    Bande-son - 5/10
  • 6/10
    Jouabilité - 6/10
  • 6/10
    Originalité - 6/10
5.8/10

Résumé

State of Mind aurait pu être tellement plus… En l’état, ce n’est pas un mauvais jeu, juste un jeu moyen dont les qualités ne suffisent pas nécessairement à contrebalancer les défauts.

Envoi
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