Cloak and Dagger, une saison entre l’ombre et la lumière [Critique]

Cloak and Dagger, une saison entre l’ombre et la lumière [Critique]

5 septembre 2018 0 Par Yue-lie

Cloak and Dagger, sorti cet été sur la chaîne américaine Freeform, est la dernière série née des studios Marvel, surfant sur la vague du succès des films, qui s’étend désormais aux séries. En France, la série est accessible sur Amazon Prime Video.

 

En effet, de nombreuses séries Marvel sont appréciées par le public comme par la critique et ce fut le cas pour Cloak and Dagger. Aussi, il serait bon de porter un regard plus approfondi sur cette série.

 

Cloak and dagger

Cloak and Dagger

 

Cloak and Dagger, qu’est-ce ?

 

Créés par Bill Mantlo et apparus dans un comic de Spiderman en 1982 pour la première fois, Cloak et Dagger, sont en fait deux adolescents, Tyrone Johnson et Tandy Bowen. Tout les oppose. Il est noir et vient d’un milieu défavorisé, elle est blanche et a eu une enfance dorée. Pourtant, tous deux fuguent pour différentes raisons. C’est dans la rue que les deux jeunes gens se rencontrent et deviennent rapidement des amis. Toutefois, fugueurs et sans domiciles, ils sont des proies faciles et se font kidnapper par un scientifique fou qui a besoin de cobayes pour la nouvelle drogue qu’il développe.

Alors que tous les autres cobayes n’ont pas survécu, Tyrone et Tandy s’en sortent miraculeusement et s’échappent des griffes de leur ravisseur. Découvrant que les expérimentations ont engendré chez eux de puissants pouvoirs, le duo décident d’utiliser ses dons pour combattre le crime mais surtout les dealers de drogue et de sauver d’autres jeunes comme eux.

Ainsi, Tandy peut générer et manipuler une lumière particulière. Cette lumière peut guérir les addictions, se transformer en poignards aiguisés, créer une barrière ou encore voir les espoirs des gens. Cependant, elle génère cette lumière en permanence et si elle ne l’évacue pas régulièrement, cela s’avèrerait dangereux. Elle devient, en raison des poignards qu’elle crée, Dagger

Tyrone, quant à lui, est une sorte de portail vers une autre dimension, la dimension de l’énergie noire, appelée Darkforce. Cela lui permet de se téléporter, de manipuler les ombres, de voir les peurs et angoisses des autres et de les utiliser, et d’envoyer des gens dans la Darkforce. Néanmoins, ce portail fait d’obscurité génère chez Tyrone une faim étrange pour de la lumière. Caché derrière une cape qui lui permet de mieux contrôler ses pouvoirs, il prend ainsi le nom de Cloak.

Aussi, sachant que Cloak se nourrit de la lumière de Dagger, comme une addiction qu’il ne peut réprouver et que Dagger a besoin d’évacuer son énergie lumineuse, il est ironique que ce duo affronte principalement les dealers et barons de drogue.

 

cloak and dagger

La rencontre entre Dagger et Cloak

 

Une adaptation très laxiste

 

(Attention Spoilers)

 

Cloak et Dagger sont des super héros relativement peu connus, aussi il était surprenant mais intéressant de faire une série centrée sur ces personnages. Ainsi, lorsque Freeform diffusa cet été, avec comme Showrunner Joe Pokaski de Heroes  (2006), une première saison de 10 épisodes sur le duo, les fans furent enchantés.

C’est à la Nouvelle-Orléans, que Tyrone Johnson, jeune lycéen sportif dans une école catholique, est en proie à des angoisses personnelles suite au meurtre de son grand frère, abattu des années plus tôt devant ses yeux. Il rencontre par hasard Tandy Bowen, une jeune voleuse vivant à moitié dans la rue suite au traumatisme de la mort de son père et de l’alcoolisme de sa mère. De leur rencontre, ces adolescents découvrent qu’ils possèdent des dons extraordinaires.

Effectivement, Tyrone peut se téléporter et Tandy peut créer des poignards fait de lumière. D’abord perturbés par leurs capacités et leurs problèmes respectifs, ils décident par la suite d’utiliser leurs pouvoirs pour résoudre leur situation. Tyrone veut arrêter le meurtrier de son frère alors que Tandy veut découvrir les causes de la mort de son père.

Et c’est là que le bas blesse. L’adaptation n’est pas sans qualité et il est toujours intéressant de réinventer les histoires de ces héros que le public connaît presque trop bien tant elles ont déjà été racontés. Mais cela n’est pas le cas pour ce tandem. Cloak et Dagger ne sont pas très bien connus du public. C’est la première adaptation télévisuelle centrée sur eux. Il n’était donc pas nécessaire de réinventer complètement leur histoire. Ce ne sont pas les petits changements les plus perturbants. Qu’importe le fait que Tyrone ne soit plus un fugueur ou que leurs pouvoirs soient apparus aussi tôt. Non, ce qui peut importuner les fans, c’est le changement sur la dynamique de base de ce duo. Nés de la drogue, Cloak et Dagger combattent les caïds tout en ayant un comportement addictif l’un envers l’autre. Cette ironie, cette lutte constante contre eux-mêmes, mêlées aux angoisses adolescentes, donne de la profondeur aux tourments que vivent ces deux jeunes gens.  Et modifier cela dénature presque ces héros.

Ce serait comme réécrire Superman en faisant de lui le fils biologique des Kent et en lui conférant ses pouvoirs par une météorite qui l’aurait foudroyé dans un champ. S’il conserve sa personnalité, ses pouvoirs, sa famille mais qu’il n’est plus un alien, dernier fils de Krypton, Superman en reste-t-il encore Superman? S’il n’est plus tiraillé entre sa nature de Kryptonien et son éducation humaine, cela n’enlève-t-il pas un des conflits intérieurs de ce héros qui le rend si intéressant?

Il est vrai que l’histoire de Superman, étant beaucoup plus connue, ne subirait pas un tel bouleversement alors que celle des personnages de Cloak and Dagger, oui. Cependant, malgré ces changements quelque peu contrariants, la série n’en est pas moins correctement exécutée.

 

cloak and dagger

L’ensemble du casting

 

Un casting formé de jeunes acteurs et de vétérans 

 

Aubrey Joseph, l’interprète de Tyrone, est peu connu du public à part peut-être son rôle dans The Night Of  (2016), contrairement à Olivia Holt. En effet, l’actrice a déjà eu une carrière chez Disney avec Kickin’ It  (2011) et I Didn’t Do It  (2014). Toutefois, malgré cette différence, ils s’en sortent bien. Dans les scènes émotionnelles, Aubrey Joseph n’est pas en reste. Certes, la jeunesse des acteurs se perçoit dans leur jeu qui manque de nuances mais le duo offre une très bonne performance. Cependant, les scènes d’action démontrent une chorégraphie relativement lente et peu dynamique.

De plus, les acteurs des rôles secondaires apportent un soutien non négligeable. Gloria Reuben de Lincoln (2012) et Miles Mussenden de Army Wives (2011), incarnent les parents de Tyrone alors que Andrea Roth de Rescue Me  (2004) joue le rôle de la mère de Tandy. Ils illustrent des adultes aussi brisés et torturés par les événements qui ont traumatisés leurs enfants, donnant ainsi plus de poids à la famille dans cette série. De même, Emma Lahana de Haven (2013), interprète une détective déterminée qui est l’alliée de Cloak et Dagger dans leur recherche de vérité et de justice. 

Ainsi, ces acteurs, plus aguerris, peuvent aisément contrebalancer un jeu manquant encore de subtilités de la part des deux acteurs principaux.

 

cloak and dagger

L’une de leur peu nombreuses interactions

 

Une saison en dents de scie

 

Il faut reconnaître que les angoisses, doutes et difficultés que les héros rencontrent sont profonds, intéressants et émouvants. De vraies douleurs, de vrais traumatismes sont abordés et le spectateur se prend d’affection pour ces adolescents qui vivent des affres complexes, le tout souligné par une bande-son très agréable. De plus, les tourments des adultes sont également poignants. Un réel effort d’écriture est constaté et apprécié. 

Toutefois, entre les scènes d’action peu fréquentes et peu dynamiques, entre le jeu d’acteurs restant à affiner, il est évident que la série a encore des progrès à faire. Alors que certains épisodes, tels que le 7ième, sont intéressants, d’autres traînent tellement en longueur que les 10 épisodes de la saison paraissent trop nombreux. Cette progression en dents de scie est néfaste pour les spectateurs enthousiastes qui espèrent au contraire des épisodes dont le rythme ne ferait que croître. 

De plus, pour une série nommée Cloak and Dagger, il faut souligner le manque d’interactions entre les deux personnages principaux. Lors des deux premiers épisodes, leur rencontre se limite à deux scènes. Certes il y a des flashbacks révélateurs mais concrètement ils ne se voient que très peu. Il est vrai que leur relation se développe mais pour un duo qui ne peut normalement pas fonctionner l’un sans l’autre, ils n’ont pas beaucoup de contacts au cours des épisodes. Ils ne travaillent que peu ensemble. 

Cependant, cette saison étant la première, une mise en place est nécessaire. L’introduction des personnages et de leurs relations étant effectuée, il est à envisager que les éléments seront modifiés au cours des saisons suivantes, laissant ainsi le bénéfice du doute à une série qui peut encore se développer en quelque chose de bien plus intéressant.

 

Voici un petit aperçu pour les curieux :

 

 

Bien que cette saison semble brouillon, une amélioration est à espérer. En effet, les acteurs, plus confiants dans leur interprétation pourraient donner une performance plus fluide. Les aventures du duo semblant à peine éclore pourraient donner des scènes d’actions plus dynamiques. Il ne reste plus qu’à patienter pour laisser à cette série l’opportunité de pleinement réaliser son potentiel dans le futur.

  • 7/10
    Réalisation - 7/10
  • 8/10
    Casting - 8/10
  • 5/10
    Intrigue - 5/10
  • 6/10
    Originalité - 6/10
  • 6/10
    Format - 6/10
6.4/10

Résumé

Une série sympathique mais assez lente et ressemblant peu aux comics.