Daredevil, saison 3 : une formule qui s’enraie ! [Critique]

Daredevil, saison 3 : une formule qui s’enraie ! [Critique]

31 octobre 2018 0 Par Aronnax

Le 19 octobre 2018, Netflix diffusa l’intégralité de la troisième saison de Daredevil. Mais que vaut cette troisième saison ? Serait-ce la saison de la confirmation, ou la saison de trop ?

CETTE CRITIQUE CONTIENT DES SPOILS !

 

     La « meilleure série » Marvel disponible sur Netflix était attendue par de nombreux fans, après une excellente première saison, et une seconde saison assez bonne quoiqu’un peu rocambolesque. Dans la continuité des événements scénaristiques de la série The Defenders, la saison 3 de Daredevil reprend exactement après l’effondrement spectaculaire de la tour Midland Circle nous ayant brièvement laissé croire à la mort du démon de Hell’s Kitchen.

     Autant le dire tout de suite, quelle déception ! Entre une intrigue décousue, une gestion des événements maladroite et une réalisation fade, nous sommes bien loin des promesses d’antan. Cependant, je préfère croire à une erreur de parcours plutôt qu’à la saison de trop. Certains éléments, mis en place pour une potentielle quatrième saison, ont de quoi raviver la flamme : l’espoir de retrouver les qualités qui ont fait la force de cette série Marvel. Nous y reviendrons à la fin de cette critique.

I] Une intrigue décousue et peu attrayante.

Les retrouvailles entre Matt et Foggy.

     Si on m’avait dit que l’intrigue serait le principal défaut de cette troisième saison, je ne l’aurais jamais cru ! Le duel annoncé au sommet entre Le Caïd et Daredevil paraissait alléchant. Mais il a déjà fallu passer par un pathos longuet en ce début de saison.

     En effet, les proches de Matt n’arrivent pas à faire le deuil. Mais comme nous savons que ce dernier est encore en vie, ces scènes larmoyantes semblent à certains moments superflus. Un montage parallèle nous montre ainsi d’un côté ses proches tantôt endoloris tantôt en plein déni, et d’un autre côté Daredevil en pleine reconstruction, recueilli par des sœurs, et qui souhaite faire disparaître son identité et sa vie en tant que Matthew Murdock afin de vivre pleinement en Daredevil. Ce comportement s’explique en autres par la mort récente d’Elektra. Il en était amoureux, et cette perte déclenche chez lui un désir de déshumanisation. Cependant, ses réactions parfois stupides pourront en énerver plus d’un.

     Et Wilson Fisk dans tout cela ? Eh bien Le Caïd réussit improbablement à s’extraire de prison en corrompant le FBI. Sa partie bestiale est clairement délaissée dans cette saison, alors qu’il s’agissait d’une de ses forces. Rappelez-vous l’impact qu’avez eu la scène de la portière lors de la saison 1 dans l’épisode 4 intitulé In the Blood. Il n’apparaît plus comme un monstre sanguinaire et intelligent, mais uniquement comme un fin stratège et un homme épris d’amour envers Vanessa.

Vincent d’Onofrio campe toujours avec brio le personnage de Wilson Fisk, alias Le Caïd.

     On déplorera par ailleurs le manque d’intelligence des membres du FBI, et la facilité avec laquelle Le Caïd arrive à les tromper. D’une manière générale, c’est tout Hell’s Kitchen qui semble manquer de jugeote au point de laisser le bénéfice du doute à ce super-vilain en quête d’une pseudo-rédemption. Si la populace le repousse, Wilson Fisk réussit cependant à redistribuer les cartes en faisant passer Daredevil pour le grand méchant de cette histoire. Ah oui ? Comment ? En utilisant un faux Daredevil pour terroriser la population et faire ses basses besognes.

     Ainsi, l’arc narratif du Caïd pourrait être résumé de la manière suivante : Wilson Fisk manipule le FBI pour sortir de prison et aller en résidence surveillée, fait le ménage et corrompt le FBI par le chantage, engage un faux Daredevil pour détourner l’attention et discréditer notre super-héros, etc. Mais qui est ce faux Daredevil ? Un psychopathe et tireur d’élite membre du FBI connu sous le surnom de Dex, mais que certains reconnaîtront sous son appellation de super-vilain : Bullseye. Il est le némésis de Daredevil, aussi bien dans les comics que dans la série. Nous n’avons donc pas un super-vilain, mais deux !

     À la fin de cette saison, aucune surprise concernant Wilson Fisk : alors qu’il se marie avec Vanessa, il est arrêté par Daredevil et retourne à la case prison. Décevant ; aucun parti-pris, et sa reddition, bien que justifiée, n’est pas à la hauteur du personnage. Alors qu’il vainc Bullseye, il perd son combat face à Daredevil et accepte de passer un marché avec ce dernier : il n’ira en prison que si Daredevil s’engage à défendre Vanessa.

« Mme Page, un avis sur la série ? »

     On en attendait plus de ce combat final. Depuis le début de cette saison, Daredevil était hanté par cette figure du Caïd. Elle l’obnubilait au point de parler avec elle. L’intrigue se centrait aussi, une nouvelle fois, sur les appréhensions et les doutes de Daredevil quant à sa posture de super-héros : doit-il tuer Wilson Fisk pour sauver sa ville, et parviendra-t-il à se sauver de cet acte immoral s’il venait à le commettre ? Que nenni !  Le final est bâclé. Cet affrontement survient rapidement après de nombreux épisodes à attendre, et il aura fallu que Murdock interroge un subalterne de Fisk – ce qu’il aurait pu faire bien avant par ailleurs… – afin de tenter sa chance. Certaines pistes pour arrêter Le Caïd, comme le meurtre de son père, auraient pu être des ressorts scénaristiques plus convaincants, mais elles seront inexplicablement délaissées.

     Même la scénographie n’est pas au niveau de la série. Ce combat manque de fraicheur et de vivacité, à l’image de tous ceux de cette saison. À vrai dire, nous sommes bien loin des scènes de combat des précédentes saisons. Il y a bien eu un plan-séquence dans les couloirs de la prison, lors de l’épisode 4, mais encore une fois, cela n’a rien d’original. Certes, c’est une forme d’hommage aux scènes canoniques des deux premières saisons, mais rien ne nous surprend. L’esthétique de ces séquences est sans saveur, à l’instar de l’identité visuelle de la série lors de cette saison.

     Enfin, certains éléments scénaristiques ne jouent pas en la faveur de la série. Les morts de Père Lantom et de l’agent Ray sont prévisibles, la découverte de l’identité de la mère de Daredevil est aussi bien impertinente que simpliste, et l’arc narratif de Foggy dénature quelque peu l’ambiance propre à cette série. En effet, Daredevil alterne traditionnellement entre le tribunal et la rue, entre l’avocat Matt Murdock et le super-héros Daredevil. Mais l’aspect judiciaire est pratiquement absent de cette saison. Une seule séquence se déroule dans un tribunal. C’est la soi-disant ascension de Foggy comme futur procureur qui semble avoir remplacé cet aspect de la série. Et c’est bien dommage !

II] Une panne d’inspiration et de rares satisfactions.

Le christianisme, repère moral de Daredevil.

     Les showrunners seraient-ils en panne d’inspiration ? Très certainement. L’histoire met beaucoup de temps à avancer, et certaines sous-intrigues sont mal utilisées. Pensons à l’épisode dédié à Karen Page, intéressant mais extrêmement mal placé à un moment où l’histoire semblait enfin se dynamiser. En somme, la saison aurait pu être clairement plus courte. Nous avons l’impression que la série gagne du temps plutôt que de l’utiliser à bon escient.

    Fait intéressant, la série ne joue même plus sur la préservation de l’identité réelle de la personne se cachant sous le masque du démon de Hell’s Kitchen. En effet, tous les personnages sont au courant que Matt Murdock est Daredevil ! J’avais même l’impression que Robert Downey junior allait faire son apparition pour que Matt signe la loi de recensement des super-héros ! Je ne comprends d’ailleurs toujours pas pourquoi Wilson Fisk n’a pas rendu publique cette information. Cela aurait probablement joué en sa faveur, tout en discréditant ses principaux détracteurs : Matt et ses proches.

Netflix, la nouvelle plateforme Disney ou l’arrêt ? Quel avenir pour la série ?

     Néanmoins, malgré tous ces reproches, l’espoir demeure. Une potentielle saison 4 pourrait corriger le tir et remettre dans le droit chemin cette série Marvel. Après les arrêts annoncés d’Iron Fist et de Luke Cage, ainsi que celui officieux de The Defenders, cette série noire va-t-elle continuer ? Je ne l’espère pas. Bullseye pourrait être le grand méchant, alors que notre trio de gentils est enfin réuni. D’ailleurs, la création annoncée d’un cabinet d’avocats sous l’appellation Page, Murdock & Nelson devrait signer le grand retour du traitement d’affaires judiciaires dans la série. Et c’est tant mieux !

     Bullseye est l’une des rares satisfactions de cette saison. Son histoire y est longuement développée. Cet excellent tireur n’arrive pas à vivre dans la société actuelle, il a besoin d’une « étoile pour le guider ». Psychopathe, il s’était longuement fié aux conseils de sa psychologue. Mais une fois celle-ci morte, il a dû se résoudre à espionner une vague connaissance pour ne pas perdre pied. Sa fragilité psychologique et ses envies meurtrières seront utilisées par Fisk. Ce dernier deviendra son « étoile ». Daredevil lui apprendra qu’il a été manipulé par Fisk, et il se retournera contre son « maître ». C’est même Fisk qui le blessera sévèrement lors de l’ultime épisode. Mais une dernière séquence nous montre qu’il a survécu, et qu’il reviendra encore plus fort, grâce aux miracles de la médecine moderne. Son désir de vengeance et son imprévisibilité seraient des éléments intéressants à développer au cours d’une quatrième saison.

Bien loin de ses aînées en matière de qualités dramaturgiques, cette troisième saison de Daredevil est malheureusement décevante. En espérant que, si future saison il y a, la suite sera de bien meilleure facture. Et on a des raisons de croire que cela pourrait être le cas !

Note
  • 3.5/10
    Scénario - 3.5/10
  • 3/10
    Réalisation - 3/10
  • 5/10
    Bande sonore - 5/10
  • 8/10
    Casting - 8/10
4.9/10

Résumé

Une troisième saison décevante soulignant les errements d’une série qui jusqu’alors avait été très bonne.