The Messenger, quand l’élève surpasse le maître [Test]

28 mars 2019 0 Par Joey

Développé par le studio Sabotage et édité par Devolver Digital, The Messenger était initialement sorti sur PC et Nintendo Switch, l’année dernière. Tout récemment, le 19 mars dernier, les joueurs PS4 ont également pu s’essayer à ce « modern retro », à l’action frénétique.

Une histoire simple mais charmante

Ce ne sont pas les successeurs spirituels de jeux des ères 8 ou 16 bits qui manquent sur la scène indépendante. Et ce The Messenger ne se cache pas non de plus prendre des jeux comme les Ninja Gaiden NES comme inspiration. Et sur le papier, cela pourrait parfaitement suffire à titiller la fibre nostalgie de certains. Pourtant, The Messenger a bien plus à offrir qu’un simple hommage. Et ce, à tous les joueurs qui apprécient un tant soit peu la plate-forme 2D. Que ceux-ci soient familiers avec Ninja Gaiden ou non.

Pour résumer l’histoire, votre protagoniste, un jeune ninja un peu impétueux qui ne demande qu’à apporter un peu d’excitation à sa vie, se voit un jour accorder cette opportunité. Après avoir guetté l’horizon une énième fois, espérant y apercevoir le fameux « héros de l’ouest » de la prophétie, censé défendre les humains contre l’arrivée des démons, ce fameux héros finit par bel et bien arriver… Cependant trop tard ! Votre village est attaqué, et c’est à vous que le héros de l’ouest confie un parchemin, à amener aux sages vivant au sommet de la montagne, de l’autre côté du continent.

Si l’histoire peut s’avérer prétexte à première vue, et ne casse effectivement pas des briques sur le papier, on appréciera vraiment l’effort mis dans la narration. Tantôt subtile, voire cachée dans des dialogues facultatifs, tantôt clairement exposée avec même parfois un effort de mise en scène. Le scénario ne manquera pas de proposer de charmants twists. Pas nécessairement de quoi crier au génie, mais la manière dont le tout est amené, via des dialogues humoristiques, fonctionne très bien. Difficile de ne pas se prendre à l’histoire racontée, même si ce n’était pas forcément ce qui nous avait amené sur The Messenger en premier lieu.

Un gameplay bien aiguisé

L’histoire demeure sympathique et efficace, et elle a réussi à entretenir un sourire constant sur mon visage, à chaque nouvelle révélation. Cependant, s’il y a bien un point quasiment inattaquable chez The Messenger, c’est son gameplay. Loin d’être insurmontable en ligne droite, le challenge est néanmoins présent, surtout si vous visez le 100% ! Ceci dit, malgré tous les écrans de game over que vous verrez potentiellement au cours de votre aventure, difficile de blâmer le jeu. La jouabilité répond parfaitement, et chaque ratage ne découlera que de votre propre manque de pratique.

Excellente nouvelle donc que de voir que le jeu n’est jamais en faute vis-à-vis des contrôles. Car si on ne peut pas contourner un jeu mal construit, on peut en revanche s’améliorer soi-même à force de jouer. A ce titre, The Messenger fait un très bon boulot pour vous apprendre à maîtriser les différentes techniques de base, a priori simplistes, mais qui seront déclinées via toutes les situations possibles et imaginables, jusqu’à des cas de figure en seconde moitié de jeu qui nécessiteront une très bonne maitrise de vos compétences.

Parmi ces techniques, vous retrouverez notamment une variation du commun double saut : « le saut du nuage ». Là aussi, on y trouve un petit twist par rapport à la plupart des jeux, puisqu’il s’agit là d’un double saut qui se mérite ! Vous ne pourrez effectuer ce saut supplémentaire qu’après avoir frappé un ennemi, projectile, ou élément du décor prévu à cet effet, une fois dans les airs. De quoi rendre la traversée d’un gouffre, avec seulement des ennemis en guise de plate-forme, assez grisante.

Reconversion professionnelle

La première partie de The Messenger est assez classique (mais diablement efficace). On se retrouve avec une succession de niveaux plus ou moins en ligne droite, avec un boss à l’arrivée. L’action est frénétique et le jeu très bien rythmé. L’objectif est clair et l’on n’a pas le temps de s’ennuyer. Tout est bien, tout est beau. Puis, comme pris d’une crise existentielle à un certain point de sa vie, The Messenger décide de laisser cette simplicité derrière lui, pour s’essayer à une carrière de metroidvania. Les rares embranchements que vous pouviez croiser n’étaient en réalité que le sommet de l’iceberg. Et, inévitablement, avec un tel changement en cours de route, il peut y avoir de quoi être potentiellement dérouté.

Passer d’un jeu très linéaire et direct, à un jeu plus ouvert, tout d’un coup plus axé sur l’exploration, a de quoi surprendre, potentiellement décourager ou alors de quoi revitaliser un jeu qui pour d’autres stagnait peut-être, malgré une maitrise certaine. Dans les deux cas, la prise de risque est admirable. D’autant que les deux parties sont toutes les deux très réussies, pour une durée de vie globale plutôt décente, puisqu’on peut tabler sur une bonne dizaine d’heures en ligne droite la première fois voire une petite quinzaine d’heures si vous visez la complétion totale. 

On pourrait, au premier abord, craindre un peu trop de recyclage, dû au fait que l’on revienne sur nos pas (metroidvania oblige), alors que tout était constamment frais et nouveau jusque là. Or, The Messenger ne tombe heureusement pas dans la paresse ! Certes, certains allers-retours sont inévitables, et l’on reverra des décors connus, au moins le temps d’accéder aux nouvelles parties des environnements déjà visités. Cependant, les nouveaux décors ne sont pas pour autant exclus. Et certains des plus beaux environnements se trouveront d’ailleurs dans cette seconde partie d’aventure. Le bestiaire restera quant à lui assez limité mais les ennemis ne seront là, à la manière d’un Metroid, présents que pour service de piège, de simples éléments du décor nuisant à votre progression. Heureusement, les boss seront bien plus intéressants et mémorables à combattre malgré leur raréfaction lors du passage au style metroidvania.

La modernité au service de l’hommage

Artistiquement, on est sur quelque chose à première vue assez classique. Et si la majeure partie du jeu pourrait nous faire dire que ce dernier aurait très bien pu sortir sur NES, certains passages vous feront vous raviser à ce sujet. Ceci dit, si le style visuel remplit parfaitement son rôle d’hommage, il serait fort dommage de faire l’impasse sur The Messenger parce qu’on ne le trouverait pas très attrayant si jamais vous faites partie de ceux sur qui la tentative de séduction à coup de graphismes 8 bits ne fonctionnerait pas.

Parce que sous son classicisme apparent, se cache un jeu mine de rien assez unique, pour peu qu’on lui donne sa chance, jusqu’à suffisamment loin dans l’aventure. Cependant, même sur les premières heures, les environnements parviennent à être suffisamment diversifiés et directement reconnaissables. Et le level design aux petits oignons ne devrait pas tarir d’ingéniosité. Et sans trop en dire pour laisser un peu de surprise quand même, The Messenger propose sa petite touche personnelle sur le fameux concept de « light world / Dark world » pourtant déjà vu maintes fois.

Concept qui, sans grande surprise sera visuellement assez distinct pour reconnaître chacune des deux versions des environnements. Mais la soundtrack sera également dynamique et switchera d’une version à l’autre également. Et, souci du détail toujours appréciable, la musique de fond sera également étouffée lorsque vous serez sous l’eau. Dans son ensemble, la soundtrack de Rainbowdragoneyes possède d’ailleurs de nombreux thèmes assez mémorables, offrant tout autant d’énergie, si ce n’est plus encore, que les actions que vous produirez à l’écran, pour créer une bonne symbiose globale.

Assez classique en apparence, parfois prévisible sur certains points de son histoire, The Messenger parvient pour autant à proposer une aventure qui déborde de charmes, notamment grâce à un humour très présent, sans trop en faire. A côté de cela, le rythme un peu branlant en milieu de jeu pourrait vous décourager si vous n’êtes pas du tout branché exploration. Mais vous pourrez compter sur un level design très méticuleusement crafté, un gameplay dynamique et instinctif pour très facilement contrer ça.

  • 7/10
    Histoire - 7/10
  • 10/10
    Gameplay - 10/10
  • 9/10
    Bande-Son - 9/10
  • 8/10
    Graphismes - 8/10
  • 8/10
    Durée /Prix - 8/10
8.4/10

Résumé

Plus qu’un simple hommage, The Messenger s’avère être un excellent jeu à part entière, avec une véritable personnalité.