Ready Player One : Quand les Geeks deviennent presque cool [Critique]

Ready Player One : Quand les Geeks deviennent presque cool [Critique]

13 août 2018 2 Par Exheres

Steven Spielgerg n’a tout de même pas la réputation d’être un cinéaste de pacotille. Et c’est mérité d’ailleurs. En proposant à la postérité des films absolument inoubliables comme E.T l’extraterrestre, la saga Indiana Jones ou encore Jurassic Park, l’homme a marqué de son empreinte le monde du cinéma en traversant les époques sans problème. Il a aussi réussi à tirer profit de la technique et de ses avancées. Avec Ready Player One, on est au top de la problématique puisqu’on s’attarde à des personnages qui incarnent des avatars dans un monde en réalité virtuelle. L’occasion de vérifier si la réputation de geek de Spielberg n’est pas un tant soit peu usurpée. Chez nous, à la Geekbox, on a analysé le résultat avec attention.

 

Ready Player One : un résultat technique propre

 

     Il est assez difficile de proposer un univers virtuel représenté dans un film. Beaucoup d’essais se sont cassés les dents dans cet exercice pas forcément facile (surtout il y a plus de vingt ans, où les moyens techniques n’y étaient pas). Mais en 2018 avec un budget de 175 millions de dollars, il faut croire que l’époque est propice à cet exercice de style. Il faut le reconnaître, le film est beau et semble proposer un univers mêlant plusieurs influences (peut-être un peu trop).

ready player one

C’est correct

 

L’abus de clins d’œil peut rendre aveugle

 

     Je ne saurai trop vous déconseiller de faire un jeu à boire en comptant les références, clins d’œil et autres easter eggs de Ready Player One, ou alors faites le avec du panaché, sinon vous allez vite finir à rouler sous la table. Le film case beaucoup de références, et parfois maladroitement, et ce même quand cela nuit à la cohérence ou au rythme du film. Tu veux voir un mécha de Gundam ? Pas de soucis, des armes de Gears of War ? Eh ben c’est ok, des logos qui fleurent bon les placements de produits, vendu ! Une scène qui prend place dans l’hôtel de Shinning ? Eh bah cela commence à faire beaucoup, surtout que c’est totalement aléatoire. Cela aurait pu être dans l’Exorciste, Terminator ou encore Mon petit poney que cela n’aurait pas tellement changé grand-chose. En clair, il suffisait juste de mettre les personnages dans un univers distinct, et de les regarder galérer dedans. A ce niveau, le film est tellement bourré de clins d’œil que cela en devient des appels de phare. Certains sont même assez maladroits, comme la fameuse moto rouge décrite comme « moto d’Akira » présente dans une scène entière, alors qu’il s’agit techniquement de la moto de Kaneda, mais que c’était sans doute plus cool de balancer le titre du film. Cela ancre dans le réel (ou alors cela explique ce que c’est aux quelques uns qui n’ont pas vu le film, et on leur conseille : Akira est une référence).

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« Marty, utilise la force ! Cowabunga ! »

Un casting correct

 

     Bon, s’il s’agissait de mettre des gens charismatiques pour faire des choses héroïques, cela serait raté. Mais non, la thématique de Ready Player One est plutôt de mettre en scène des gens ordinaires devenant héroïques dans un univers virtuel (où des enjeux réels se jouent, on y reviendra). En cela, Tye Sheridan passe plutôt bien dans le rôle du joueur lambda, passionné et respectueux de l’univers. Olivia Cooke rend plutôt bien dans le rôle de la fille badass (et love interest peu subtil du héros), alors que ses antécédents étaient assez troubles vu qu’on avait pu la voir dans Ouija (aiiieee) et Bates Motel (mieux, bien mieux). Dans le rôle du méchant PDG cliché, on a droit à, champagne, Ben Mendelsohn, qu’on a récemment pu voir dans le rôle du méchant (aussi) dans Rogue One : A Star Wars Story. On va dire que le tout passe plutôt bien.

 

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Tye passe bien

 

Un scénario simplissime (quelques spoilers)

 

     Ok alors vous avez vu, ou lu, Charlie et la Chocolaterie j’imagine ? C’est l’histoire de Willie Wonka qui met en jeu des tickets d’or dans ses tablettes, et les gagnants auront le droit de visiter la chocolaterie (sous LSD, on va pas se mentir), et Charlie, par son cœur pur et blablabla, héritera de la chocolaterie à la fin. Joli conte pour enfants ! Ready Player One, bah, c’est heu… Un peu pareil. Johnny Hallyday, heu pardon, James Hallyday, le créateur de l’OASIS (le monde de réalité virtuelle, pas une boisson, ni un groupe de rock alternatif britannique, ni une zone de végétation isolée en plein désert) organise une grande chasse à l’easter egg dans son jeu après sa mort, et le gagnant gagne la gestion du jeu. Là on va entrer dans une situation assez particulière où les héros vont plus agir pour contrer le méchant que pour leur propre intérêt. Ouais parce que le rival de Hallyday, le PDG Nolan Sorrento, met en place une troupe gigantesque d’employés/esclaves (pas forcément dans cet ordre) pour s’emparer de l’OASIS. Vous l’aurez deviné, Hallyday était un homme bon, qui faisait cela par passion, alors que Sorrento est un connard qui fait cela pour le pognon. D’ailleurs tant qu’à faire, regardez carrément Tron, parce que cette opposition développeur sympa/méchant PDG était mieux foutue à l’époque. 

On n’a pas vu venir du tout les méchants

 

Un univers faussement bienveillant (spoilers intensifs à partir de ce point)

     Les geeks aiment la pop culture, c’est bien connu, c’est pour ça qu’on colle 15 milliards de références un peu partout. Par contre il subsiste trois problèmes majeurs dans cet univers.

     Premièrement, la cohérence du jeu en tant que tel. Visiblement, on partage une monnaie unique, qu’on fasse de la course, du first person shooter, ou n’importe quoi d’autres. Mais par contre vous perdez tout votre stuff en mourant, et d’ailleurs il y a bien un dangereux PK (ou player killer) qui traverse tout le film. Mais on apprend que le mec n’est pas mort depuis 10 ans alors qu’il dit jouer solo, genre c’est le meilleur mondial ? Y’a pas une guilde qui s’est dit « ce mec est un cuistre, allons lui poutrer sa tronche en groupe ! » ? Bref je n’arrive pas une seconde à imaginer ce jeu comme un tant soit peu cohérent. C’est un gros patchwork d’autres jeux qui ne fonctionnerait pas une fois assemblé.

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Qu’est ce que c’est de cette fantaisie ?

 

     Deuxièmement : le méchant est cliché, ça on l’a compris, et pendant tout le film il fait des trucs de méchant. Il arrête la fille et la force à bosser pour lui sous prétexte de dettes, genre c’est lui la loi. Il essaye de faire tuer le héros dans le jeu, mais aussi dans la vie réelle. D’ailleurs il fait péter son appartement (avec sa tante à l’intérieur, mais bon c’est pas trop triste hein, parce que visiblement le héros aime plus le créateur du jeu vidéo, qu’il ne connaît pas et qui est d’ailleurs déjà mort, que sa propre famille : c’est comme si vous vous consoliez de la mort de votre grand mère en pensant à Hideo Kojima, normal. Bref, après tout ça, on pourrait légitimement croire que l’influence de Sorrento est telle qu’il dirige la justice et qu’il contrôle la police, si y’en a une. Donc ça serait une dystopie où une grosse entreprise dirige tout ? Avant même que vous ayez le temps de vous dire que c’est bizarre car l’OASIS est en tête du marché, vous vous rendrez compte qu’il n’en était rien parce qu’à la fin, quand le bien a enfin triomphé du mal (ouais c’est à peu près ça hein) et bah le méchant se fait embarquer par la police de quartier, un peu comme Jean-Kevin qui jette un petit caillou sur une voiture de flics pour jouer son rebelle. Keuwaaaa ?

Police ? A oui, c’est un groupe de rock non ? Sinon connais pas

 

     Troisièmement : pour gagner tout, il ne faut ni être bon au jeu, ni intelligent. Il faut simplement connaître la vie d’Hallyday par cœur. Genre y’a toute sa vie consultable en archives, et y’a un indice qui se trouve au moment où, à son seul rencard qu’il a eu dans sa vie et où il a tout fait foiré parce qu’il n’a pas les big balls d’embrasser la fille qui, poussée par un cliché moisi de cinéma, finit par épouser son meilleur ami et associé (dur d’être un geek hein ?). Donc, pour reprendre ma comparaison précédente, vous avez tout intérêt à étudier la vie sexuelle de David Cage si vous voulez trouver des easter egg dans Detroit Become Human ! On félicite Hallyday qui fait l’exploit d’avoir le melon encore plus énorme que Kojima, qui s’est pourtant modélisé personnellement dansMetal Gear Solid : Ground Zeroes.

Tellement de passion…

 

Le parallèle chelou Hallyday / Spielberg

 

     Hallyday c’est le créateur, l’homme qui divertit les foules, mais qui a beaucoup de mal à rester en paix avec sa vie et ce qu’il apporte au public. Sachant que Spielberg s’était déjà identifié au personnage d’Hammond de Jurassic Park, notamment pour son envie de produire des divertissements populaires, il est assez probable que le personnage d’Hallyday ait été victime d’une « Spielbergisation« , à tel point que l’élément central du récit n’est pas le héros, pas l’OASIS, mais bien Hallyday lui même, qui délivre un message posthume « faites pas comme moi, gâchez pas votre vie, vivez… ». Bon vous allez me dire « Spielberg n’est pas mort », certes, mais osez me dire que le bougre ne se voit pas comme un vieux bonhomme plutôt cool, qui bosse par passion, et qui propose des produits culturels qui deviendront des références. D’ailleurs il représente des choses qui lui parlent comme Shinning, mais aussi la musique des années 80 largement exploitée. Aussi, même les jeunes de cet univers continuent d’être bloqués dans les années 80 en trouvant cette musique trop cool, mais on est en 2045.

Je suis Dieu et je t’emmerde

Ready Player One peut être sympathique à regarder en famille, quand on n’attend pas un scénario hyper compliqué, et qu’on veut voir un univers que je qualifierai de « créature de Frankenstein de références fourre-tout » avec un œil bienveillant, en s’en foutant un peu de la cohérence. Mais si on analyse le tout, on se rend compte que le film est assez cliché dans les archétypes qu’il propose (le héros, la révolutionnaire anti-système, le créateur passionné, le méchant PDG…), que l’univers est complètement négligé, tout ça pour se concentrer sur le culte de la personnalité du créateur ultime, à tel point qu’on se demande s’il n’y a pas un petit parallèle avec dieu, ou Spielberg, c’est selon. On ne pourra même pas dire que le film a été bienveillant avec la pop culture, puisque le message final est « ne jouez pas trop, n’oubliez pas de vivre dans la vraie vie ». Merci du conseil, monsieur le « Geek ».

Et puisqu’on en est là, et qu’on a vaguement parlé de Jurassic Park, vous pouvez retrouver notre critique sur le dernier né ici.

Note
  • 7/10
    Réalisation - 7/10
  • 7/10
    Casting - 7/10
  • 5/10
    Scénario - 5/10
  • 7/10
    Bande Son - 7/10
  • 3/10
    Originalité - 3/10
5.8/10

Résumé

Un film bien divertissant mais manquant cruellement de cohérence et de profondeur dans le scénario.