Red Dead Redemption II : Un imparfait mais admirable accomplissement [Test]

Red Dead Redemption II : Un imparfait mais admirable accomplissement [Test]

16 novembre 2018 2 Par Joey

Ce qui est sûr de nos jours avec Rockstar Games, c’est que le studio prend le temps de bosser. Possiblement de manière déraisonnable, mais ça c’est une tout autre histoire. Le fait est que leurs produits sont, au premier abord, souvent impressionnants de par leur ambition, notamment avec leur série phare, Grant Theft Auto, mais aussi sur sa plus jeune cousine, Red Dead. Et plus précisément, les Red Dead Redemption. 5 ans après GTA V, et 8 longues années après les aventures de John Marston, C’est le 26 octobre 2018 que Red Dead Redemption II a enfin vu le jour, sur PS4 et Xbox One.

 

Une préquelle qui consolide l’histoire originale

Le premier épisode était une aventure assez solitaire. Un homme, en quête de rédemption, cherchait à se racheter de sa vie criminelle passée, prêt à tout pour sauver sa famille des griffes du gouvernement, en traquant ses anciens compagnons d’armes. Avec qui il n’entretenait plus vraiment de bonnes relations, c’est le moins qu’on puisse dire. Red Dead Redemption II emprunte une voie différente, puisque d’entrée de jeu, le titre nous met tout de suite dans l’ambiance.

Il nous présente un à un les différents membres d’une troupe. En fuite après que certains membres ont participé à un boulot qui a dérapé. Ce qui n’est pas facilité par l’époque, où les derniers gangs de « cowboys » sont de plus en plus mal vus par l’État.  Ces derniers se retrouvent chassés, afin d’instaurer une nouvelle ère, bien plus civilisée. Le fait de faire partie d’un tel groupe, permet d’installer assez rapidement un esprit de camaraderie. Voire, plus tard, de grande famille. Détail qui servira autant l’expérience de jeu que le scénario.

Parmi ces nombreux personnages, Arthur Morgan, qui sera donc votre avatar pour cette nouvelle aventure. Et si certains personnages auront, au début de l’histoire, rejoint ce joyeux gang que tout fraichement, Arthur fait lui partie des membres de longue date, notamment aux côtés de certaines têtes connues pour ceux qui ont tâté du premier volet. Comme le titre ne l’indique pas, Red Dead Redemption II se veut une préquelle du premier épisode. Et sur ce domaine, le jeu s’en sort impeccablement. Il apporte un développement plus que nécessaire pour certains de ses personnages récurrents, en profitant pour donner plus de corps aux événements de Redemption premier du nom.

Notre belle famille

Cependant, nul besoin d’avoir joué au précédent pour profiter de cette nouvelle histoire. Arthur Morgan étant un personnage inédit, tout le monde peut partir sur un pied d’égalité en démarrant l’aventure. Bien entendu, les références seront de la partie pour titiller la fibre nostalgique des habitués. Et avoir fait le premier pourra éventuellement augmenter l’appréciation de certains passages, voire aider à passer plus facilement outre quelques longueurs. Cela dit, rien qui ne laisse le néophyte complètement déboussolé. L’original ayant été relativement frileux quand il s’agissait de développer ses personnages, Red Dead Redemption II sait saisir son opportunité de pouvoir leur donner une profondeur bien méritée.

Au fil de l’aventure, nombreuses seront les occasions pour apprendre à connaître les différents membres de votre clan. Allant de la simple demoiselle douce et innocente jusqu’au brigand désagréable ayant un penchant pour les gunfights, tous, au sein de cette petite communauté hétéroclite, sauront se rendre utiles. Plus ou moins. Si ce n’est pas vous qui allez leur parler entre deux missions, eux-même pourront venir vous aborder. Et ce pour diverses raisons, comme vous proposer une quête par exemple, améliorer votre armement, ou encore vous réclamer de l’argent. Cela dit, comme la plupart des tâches à accomplir, cet argent servira à l’ensemble du camp, que vous pourrez aussi améliorer.

Vous pourrez l’améliorer tant au niveau des provisions et munitions à disposition, qu’au niveau du confort pour les différents personnages. Améliorer votre tente vous permettra d’ailleurs d’utiliser le voyage rapide (assez limité, on y reviendra), via la carte du monde qui sera ajoutée à vos affaires personnelles. Vous pourrez également apporter divers items, tels que des plantes, que l’un de vos compères pourra concocter en poison pour accompagner vos flèches. Ou de la viande, et autres parties animales récupérées sur vos éventuelles chasses, histoire d’offrir au cuisinier du groupe, un plus grand choix de plat à préparer.

Wild West ! Ton univers impitoyaaa-a-bleuh !

A l’inverse de votre petit « nid douillet », dans lequel vous passerez majoritairement des moments calmes, voire apaisants ou touchants, le monde à explorer ne sera lui pas toujours aussi accueillant. Cette nature qui peut, à première vue, paraître relativement vide, n’est pourtant pas sans danger, possible à chaque détour de route ou sortant brusquement des buissons. Que ce soit la faune incroyablement riche, à laquelle il est très facile de ne pas prêter attention malgré le boulot énorme fait dessus ou une troupe de bandits cherchant à toucher la prime que vous pourriez avoir sur votre tête, si vous n’avez pas été sage. Une simple balade tranquille, peut parfois très vite se transformer en véritable carnage sanglant. A vous d’agir en conséquence, selon votre envie d’être bon ou mauvais. Avec le retour de la jauge de notoriété, qui influera sur la perception des PNJ à votre égard.

De l’autre côté du spectre des possibilités, vous pourrez également tomber sur des personnages amicaux, qui vous seront reconnaissants de les avoir aidés, et pas simplement en vous remerciant oralement. Un personnage que vous aurez sauvé d’une mort certaine, pourra par exemple vous interpeller plus tard en ville  et ainsi vous offrir ce que vous désirez dans la boutique, sur sa note personnelle. Et si vous passez une mauvaise journée au point de prendre d’assaut le vendeur à coup de torgnoles, ce dernier reviendra plus tard travailler avec un bandage à la tête. Red Dead Redemption II fourmille de détails de ce genre. Avec une montagne de petites attentions, pas totalement nécessaires en soi, qui ne changent parfois rien au gameplay mais qui contribuent très positivement à la volonté d’approche réaliste du jeu, parfois à la limite de la simulation.

Une réalisation riche et soignée

Et pour atteindre encore plus ce but d’immersion, Red Dead Redemption II n’a pas fait les choses à moitié en matière de réalisation. Bien sûr, tout n’est pas irréprochable ou au même niveau de qualité. Notamment vis-à-vis des personnages, certes bien réalisés mais sans rien de particulièrement bluffant, qui n’a pas déjà été (mieux) fait ailleurs. Et il vaut mieux ne pas trop s’approcher de certaines textures, sous peine de briser cette si belle illusion. Cependant, les environnements sont sublimes et font eux, probablement partie du tout haut du panier, sur cette génération de consoles. Peu importe où l’on se trouve sur cette immense map, il y a de fortes chances que la vue soit pleinement magnifique. Vous pourrez d’ailleurs activer le mode « cinéma », proposant divers types de plans, notamment aériens. De quoi varier les angles de caméras, lors des trajets à cheval, qui peuvent parfois s’éterniser quelque peu.

La gestion sur les jeux de lumière, ainsi que les différents effets météorologiques sont pour la plupart vraiment réussis malgré une transition un peu brusque, occasionnellement. Avec une mention spéciale pour le brouillard (disons qu’on a fait du chemin depuis Silent Hill). Et quand bien même on peut avoir, par exemple, une pluie pas toujours très belle, la partie sonore vient contrebalancer tout ça, pour une immersion au top, qui devrait vous ravir d’autant plus si vous jouez au casque. Entre le sound design environnemental, le doublage des personnages (en VO uniquement) et les musiques, Red Dead Redemption II peut se targuer d’avoir une bande-son quasiment irréprochable. Les compositions d’ambiance servent parfaitement le feeling recherché, et les quelques pistes chantées, placées à certains points clés de l’histoire, ne sont pas moins envoûtantes.

Un gameplay qui ne garde pas autant la tête haute

C’est donc véritablement un plaisir, pour ne pas dire un émerveillement de tous les instants, de parcourir le monde que Red Dead Redemption II a à offrir. Ceci étant dit, si le côté contemplatif n’est pas tout ce que le jeu peut offrir, reste que les autres aspects du jeu sont peut-être moins indiscutablement maîtrisés que l’emballage visuel et sonore. Bien que le gameplay soit suffisamment riche en soi pour le type d’expérience recherché, la jouabilité peine à atteindre les sommets du genre, tout comme les menus, qui ne sont pas toujours très clairs. Aussi, dans un univers aussi impitoyable que celui de l’ouest sauvage, où la possession d’une arme à feu s’avère rapidement indispensable, il faut reconnaitre que la visée des gunfights ne fera pas l’unanimité.

Le choix vous appartient d’opter entre une visée libre ou (plus ou moins) assistée. Malheureusement, aucune des deux options ne s’avère véritablement optimale, puisque la première vous demandera un peu de bidouillage dans les options, pour arriver à un résultat au mieux correct. Pas parfait, mais tout à fait fonctionnel. Ce qui est déjà en soi une régression à côté d’un Max Payne 3, autre jeu Rockstar sorti pourtant 6 ans plus tôt. Quant à la seconde option, cela signifie que le jeu vous mâchera forcément le travail, au moins en partie. Pas nécessairement un souci pour tout le monde, tout dépendra des éléments que vous recherchez en priorité dans ce Red Dead Redemption II. Mais si vous vouliez un shooter mettant en lumière vos de qualités de tireur, vous ne trouverez pas là un pionnier du genre, et risquerez d’en sortir un peu frustré.

Pour garder une touche positive cela dit, cela n’empêchera pas les gunfights d’offrir de bonnes sensations. Les kills restent satisfaisants, et parfois agrémentés de ralentis, qui ne sont d’ailleurs pas non plus sans rappeler ceux de Max Payne 3, puisqu’on parlait de lui. Il ne s’agit pas là du seul point de gameplay qui pourra peut paraître lourd et pataud. Mais sans doute de celui qui peut potentiellement desservir le plus l’expérience. La lourdeur des autres actions en tous genres (compensées par de belles animations, avec une physique au top, lorsqu’elle n’est pas buguée), étant plus pardonnable, pour peu encore une fois, qu’on se prenne à l’aspect « simulation ». Vous pourrez même, à tout instant, switcher avec une vue subjective, renforçant nettement plus l’immersion dans certains cas de figure.

Rien ne sert de courir…

Il est certain que tout le monde ne trouvera pas son compte avec ce nouvel opus. De sa scène d’introduction, jusqu’à son générique fin qui doit bien s’éterniser une bonne demi-heure, Red Dead Redemption II est un jeu qui prend son temps. Parfois peut-être trop, selon votre niveau de tolérance. Avec un succès généralement assuré, Rockstar peut se permettre ce genre de risques afin de raconter l’histoire dont il a envie. Avec certes des lenteurs, mais des lenteurs qui servent dans l’ensemble le propos du jeu. Bien qu’effectivement, certains aspects auraient mérité d’êtres mieux huilés. Ce qui aurait pu accroître le confort et l’accessibilité, sans pour autant nuire à l’aspect réaliste tant recherché par le titre.

Et là on en revient au voyage rapide qu’on regrette de ne pas voir un peu plus complet. Se limitant à un sens unique, de votre camp vers une ville désirée, mais non pas l’inverse. Vous pourrez toutefois, utiliser les trains ou diligences pour vous rendre à divers points de la map. Si tant est qu’il y en ait dans les parages ! Quoi qu’il en soit, soyez prêt à galoper. Beaucoup ! D’ailleurs, plus pour passerez de temps en compagnie de votre monture, plus des liens se créeront avec elle. Afin de débloquer progressivement de nouvelles capacités, comme un drift, bien pratique pour se sortir de certains pépins, ou éviter un arbre. Une bonne raison de la protéger, autant que vous-même.

Quoi qu’il en soit, la générosité du jeu, tant en terme de détails, que de quêtes, que de personnages attachants, que de subtilités de gameplay tellement nombreuses qu’il est possible d’en oublier en cours de route, parvient à adoucir la potentielle frustration du rythme assez posé. Les nombreuses qualités offertes par Red Dead Redemption II méritent définitivement qu’on s’y essaie, à partir du moment où ses défauts ne sont pas complètement rédhibitoires. Parce que quelle que soit l’issue de votre expérience avec, reste que des jeux aussi étourdissants, on n’en voit pas passer si souvent.

Moyennant un minimum d’investissement de la part du joueur, Red Dead Redemption II peut vite se transformer en expérience inoubliable. Si l’histoire pourra être tantôt prévisible, tantôt complètement inattendue, la galerie de personnages (Arthur le premier) arrive finalement à éclipser en partie le casting du précédent volet avec qui ce second épisode tisse de forts liens scénaristiques directs, rendant l’original plus intéressant que jamais, dans la foulée. Individuellement, les divers éléments qui constituent Red Dead Redemption II n’atteignent peut-être pas le jamais vu (à quelques exceptions près sans doute !) mais pris dans son ensemble, l’aventure offerte reste assez unique et marquante, pour qu’on ne l’oublie pas de sitôt.

  • 8/10
    Histoire - 8/10
  • 7/10
    Gameplay - 7/10
  • 9/10
    Bande-son - 9/10
  • 8/10
    Originalité - 8/10
  • 9/10
    Durée de vie - 9/10
8.2/10

Résumé

Parfait complément au premier épisode, tout en proposant une aventure prenante en elle-même, Red Dead Redemption II démontre que le souci du détail peut parfois faire la différence.